Avant de quitter la Belgique, plusieurs personnes m’ont souhaité : « J’espère que tu vas trouver ce que tu cherches « .
Je pense qu’en me disant cela, ils pensaient à : une rencontre amoureuse, un lieu de vie, une opportunité professionnelle ou quelque chose dans le genre. Honnêtement je n’avais pas vraiment d’attente particulière, juste cet appel intérieur et je savais que c’était important pour moi et que si je ne le faisais pas, je le regretterais plus tard. Alors j’ai fait confiance à mon appel intérieur et j’ai sauté dans la foi, j’ai vendu mon appartement, mes meubles, pas mal d’affaires et j’ai pris l’avions pour Sao Miguel, sans savoir à quoi m’attendre, ce que j’allais vivre ni ce que je venais chercher ici…
Je me rappelle dans le taxi en quittant l’aéroport, j’ai eu cette sensation que ce que je venais chercher c’était des parts oubliées de moi. Je ne venais pas pour quelque chose d’extérieur mais intérieur. J’avais laissé ma vie entre les mains de l’univers pour me guider jusqu’à moi-même. A ce moment-là je ne savais pas encore la forme que cela prendrait ni comment y arriver. Alors j’ai « dû » lâcher prise et faire confiance, chose qui est bien souvent difficile pour nous humains !
Mais comment on récupère des parts de soi ? Les premières semaines je voulais déjà voir des résultats, vivre quelque chose mais du coup je n’étais pas dans le lâcher prise, mais j’étais toujours dans le contrôle. Au contact de la nature, j’ai vraiment appris à ralentir, à observer, à ressentir bien plus que ce que je connaissais déjà avant, mais toujours pas de transformation spectaculaire… Alors une partie de moi a commencé à avoir peur : et s’il ne se passe rien ? Et si ça prend trop de temps pour arriver ? Et si, et si…
Pourtant dès les premiers jours il se passait des choses : je vivais des libérations, j’avais des prises de conscience mais je voulais que cela prenne une certaine forme, inconsciemment, voilà pourquoi je me disais qu’il ne se passait rien. Pourtant, pour arriver ici, j’ai du dire au revoir à pas mal de choses : mon appartement et ma vie à Bruxelles depuis 11 ans, cette version de moi qui vivait là-bas et se sentait à l’étroit. C’était aussi tourner définitivement la page de la moi qui avait vécu un burnout et qui m’avait amenée jusqu’ici. Même si j’éprouve de la gratitude et de la compassion pour celle que j’étais à l’époque, il était temps de lui dire au revoir. Laisser partir l’ancien pour accueillir le nouveau.
Ici, j’ai vécu des moments de solitude profonde car je ne connais personne et je trouve qu’il est difficile de rencontrer des gens. Les locaux ont leur vie et la plupart des touristes sont en couple et visitent l’île en amoureux. Les touristes restent en général quelques jours et font tout vite, ils ne prennent pas le temps de ralentir, d’observer et de profiter. En tout cas, c’est l’expérience que j’ai vécue mais cela est normal car pour aller chercher en soi, il est nécessaire d’être au calme et d’être face avec soi-même, sans distraction autour. Se sentir complète et en sécurité, même seule, peu importe les circonstances extérieures. Alors j’ai traversé, j’ai accueilli car je savais que c’était passager. Et puis arrive cet entre deux : l’ancienne version n’est plus, même si elle s’accroche encore un peu et la nouvelle version n’est pas encore là même si elle est prête à émerger. Je sais où je vais mais comment y arriver ? Comment passer de la chenille au papillon ? Car cela ne s’apprend pas, cela se vit intérieurement…
Et puis un jour, je réalise que je ne suis plus la même. Je n’agis plus comme avant, mes décisions sont différentes, plus ancrées, plus audacieuses, plus rapides, alignées à ma nouvelle identité. Je ne passe plus des heures pour passer à l’action comme je pouvais le faire avant. Mais cette nouvelle identité n’est-elle pas finalement une version plus juste de moi ? Une version de moi avec moins de masques, moins de protections ? Une version plus à nu, plus proche de mon essence véritable ? Au fond, bien sûr, je suis toujours moi, Sophie mais je me vois agir différemment, penser différemment et cela naturellement sans que je doive me forcer ou orienter mes pensées d’une certaine manière.
Un matin j’en ai pris conscience et j’ai pensé « waouh je ne suis plus la même, avant je n’aurais jamais fait cela ». Et pourtant, ce matin là, c’était naturel car c’est qui je suis aujourd’hui. Avant je comprenais ce que voulait dire « changer d’identité », incarner la version de soi du futur. Je le comprenais avec ma tête, je connaissais la théorie mais je ne l’avais encore jamais vécu en conscience, ni de manière aussi incarnée. Je ne l’avais jamais senti comme j’ai pu le vivre ici.
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